« (…) tout le monde, dans une certaine mesure, essaie de combattre et de soutenir une raison, de défendre, d’accuser. Les uns font tout cela au hasard, et d’autres par une habitude contractée dans leur condition». Aristote, dans Rhétorique.

Parler.

Voici le premier mot que l’on prononce, et peut-être le seul, sans même le prononcer.

Toute la vie de l’homme en est imprégnée. Faits et gestes, silences et cris, vocables et signes. Quoi que l’on fasse, même que l’on n’ait rien fait, on transmet toujours un message ; on parle. Pour ne rien dire parfois, ou pour pénétrer les âmes, on parle. Pour amener à l’action, pour redonner de l’espoir, on parle.

Parler, est la plus grande arme après le savoir. Et même de savoir sans savoir parler de ce qu’on sait, c’est la même chose que de ne rien savoir. Et c’est pourquoi, parler, c’est un grand pouvoir.

Je vais vous dire pourquoi.

Depuis trois mois, grâce au Centre d’Etudes de Droit, club du Centre Culturel Comoé, mes amis et moi essayons d’acquérir l’art du parler, assistés d’excellents formateurs.

Cette aventure ineffable a officiellement débuté au sein du Fleuve le 18 janvier 2020.

Depuis lors, n’a cessé de couler en nous que du bon vin, servi par nos fascinants et bienveillants formateurs.

Nous avons eu deux principaux formateurs. Et de même, deux différentes séances chaque semaine. Oh que différentes ! Et pourtant complémentaires. Les jeudis à 18h30et les samedis à 17h30.

Les jeudis du technicien !

Les jeudis, mes amis et moi avions droit à des cours techniques. L’intention du formateur était claire : nous armer pour être de très bons orateurs.

Dès le premier contact nous l’avons senti.

J’exulte à l’idée de vous raconter la scène ! Vous serrez comme nous, transportés, émoustillés, ébouriffés.

Je vous raconte ? Non mais diantre ! Je vais vous raconter ; et je vous invite à vous l’imaginer.

« Nous sommes assis dans la salle d’étude du bas. Attendant patiemment notre formateur pour le premier contact. Et puis rentre un Monsieur, d’une stature bien dressée, aux envergures fort bien sculptées. Entré d’un pas assuré et rassurant, il s’est assis, attendant que l’heure soit arrivée pour commencer. Puis, une fois arrivée, il se leva. Il se tenait là, dressé devant nous. Silencieux, à nous regarder.

Nous étions tous intimidés. Par son physique imposant, mais aussi par son regard profond. « Mais qu’est-ce qu’il nous veut ? », je suis sûr qu’on se l’est tous demandé. Et tout à coup, brusquement ! D’une voix perçante, il rompit le silence et se mit à parler ». C’est ainsi que tout a commencé. Il nous a ainsi appris que parler, ce n’est pas s’égosiller. Parler, c’est communiquer à travers des mots, des silences, des gestes, l’attitude etc.

Après cela, il nous a transmis un programme alléchant, bien soigné. Gestion du stress, structuration du propos, le choix des mots (ou les mots pour le “dire”- dire en tant que nom bien sûr-), la variété vocale, la gestuelle, le débat… et j’en passe.

À la troisième séance, mazette ! Voilà que c’est une femme qui vient nous “SUR – prendre”. Nous étions au départ inquiets mais quelle agréable fut notre surprise lorsqu’elle a débuté son cours !

En effet, nous devions rendre un exercice et nous avons apprécié ses critiques ainsi que le cours de gestuelle qui s’en est suivi. Et notre plus grande surprise, c’est que cette excellente oratrice, se trouve être commissaire de police. Elle nous parlait pourtant comme à des amis.

La semaine d’après, elle est revenue. C’était pour le cours de débat. Puis nous ne l’avons plus revue.

L’aventure a continué avec notre très talentueux formateur. Nous avons beaucoup appris du formateur mais aussi de nos compagnons. Par exemple le mot ‘’scotomiser’’, que j’ai entendu pour la première fois des propos d’un condisciple.

Une belle et mémorable aventure qui s’est momentanément confinée le temps de la fin de la crise sanitaire en Côte d’Ivoire. L’aventure des samedis l’était tout aussi !

Le samedi, on vibre ! 

Quels samedis pleins d’émotions ! C’était à chaque fois comme une nouvelle rencontre.

Au premier contact, on ne savait pas à quoi s’attendre. On a fait la rencontre de la formatrice, une avocate. Rien d’extraordinaire au départ. Ensuite, c’est devenu vraiment intense. Intense quand elle a commencé à nous dévoiler ses intentions : Nous tailler pour être d’authentiques orateurs. Notre maître nous poussait en fait dans les bas-fonds, dans les bois profonds, de nos cœurs, pour en sortir le meilleur de nous-mêmes.

Car disait-elle, tout ce dont nous avons besoin est à l’intérieur de nous. Elle nous voulait vrais, honnêtes, sincères. En fait, ses cours avaient l’allure d’une prière, d’une méditation profonde sur soi-même. Un bon orateur pour elle, c’est celui qui partage, offre, transmet à son auditoire, un peu de lui-même. Ainsi avait-elle entrepris de nous conduire à la découverte de nous-mêmes.

« On ne peut donner que ce qu’on a à l’intérieur, que ce qu’on est. », disait-elle. Et elle nous arrêtait, nous reprenait, comme une mère, chaque fois que nous étions dans l’erreur ou que nous n’étions pas vrais.

Nous avons eu bien moins de séances avec elle. Mais sacrée maître des BOUAs proFFONds !

Je me souviens d’une séance au cours de laquelle nous nous exercions à l’improvisation. Ça me faire rire quand j’y repense !

Elle avait donné à tous les autres des sujets en rapport avec le temps et les éléments. Je m’attendais donc à un sujet du genre. Mais non ! Elle me donna comme sujet : Le Goudron. J’étais surpris, mais serein pourtant. (Eclat de rire) ! Tous ceux qui étaient présents riront également !

J’ai vraiment dit du n’importe quoi avec beaucoup d’assurance. Et là je ris encore ! Je débitais les phrases sans aucune logique. Elle m’a vite interrompu et remis à ma place, littéralement. Et prenant la parole, elle nous a ébloui tant par la logique de son propos que par son sens de l’improvisation, l’emmenant à faire la distinction entre bitume et goudron. Ce furent d’agréables moments !

Hélas, corona nous sépara ! En fin de compte, nous restons tous marqués par cette formation. Elle a amélioré personnellement ma personnalité, me donnant de l’assurance dans chaque prise de parole. « Quand bien même tu seras seul devant tout un monde, tu as avec toi tes convictions. Et cela seul doit te donner de l’assurance pour parler avec confiance. », Maître, à l’un de nos compagnons. Il se reconnaîtra.

Pour ma part, c’est d’un RÔt, que MA RIme et moi, pour éviter les hiCs, et avec un peu de HONte, on S’Rend.

Quentin Aurèle Zébé, Licence 3 de Droit, UCAO